Le 3 mars est facile à reconnaître au Japon : les poupées de Hinamatsuri apparaissent. Le 5 mai, les carpes koinobori accompagnent la fête des Enfants. Le 7 juillet, Tanabata apporte ses branches de bambou et ses vœux écrits sur des bandelettes de papier.
Puis vient le 9 septembre.
Historiquement, cette date appartient à la même série. Chōyō no Sekku, généralement traduit par fête des Chrysanthèmes, est l’un des cinq festivals saisonniers traditionnels du Japon, les Gosekku. Pourtant, dans le Japon contemporain, le 9 septembre peut passer presque inaperçu.
La question la plus intéressante n’est donc pas seulement de savoir ce qu’est Chōyō, mais pourquoi cette fête précise s’est effacée de la vie quotidienne alors que plusieurs autres sont restées très visibles. Il n’existe pas une cause unique. L’histoire suggère plutôt une combinaison : Chōyō a perdu sa place officielle dans le calendrier moderne, le changement de calendrier a séparé le 9 septembre de la saison qui donnait sens à ses symboles et la fête n’a jamais acquis un rituel domestique moderne aussi puissant que les poupées hina, les carpes koinobori ou les vœux de Tanabata.
- Le membre presque invisible des cinq festivals saisonniers
- Saké au chrysanthème, coton imprégné de rosée et longue vie
- Une fête importante à l’époque d’Edo
- La rupture de l’ère Meiji n’explique que la moitié de l’histoire
- Le nouveau calendrier a séparé le 9 septembre de la saison des chrysanthèmes
- Pourquoi Hinamatsuri, la fête des Enfants et Tanabata ont-elles mieux survécu ?
- Le Japon n’a pas oublié le chrysanthème
- Chōyō n’a pas disparu
- Comment comprendre Chōyō aujourd’hui ?
- Une fête déplacée hors de sa saison
- Sources
Le membre presque invisible des cinq festivals saisonniers
Les Gosekku correspondent traditionnellement à cinq dates : Jinjitsu le 7 janvier, Jōshi le 3 mars, Tango le 5 mai, Tanabata le 7 juillet et Chōyō le 9 septembre.
Chōyō est arrivé au Japon à partir de coutumes dont les racines remontent à la Chine ancienne. Dans la pensée traditionnelle du yin et du yang, les nombres impairs étaient associés au yang. Neuf étant le plus grand nombre impair à un chiffre, la répétition du neuf au neuvième jour du neuvième mois a acquis une signification particulière. Le nom Chōyō renvoie lui-même à cette répétition du yang.
Au Japon, la date s’est fortement associée au chrysanthème. On attribuait à cette fleur la capacité d’écarter les malheurs et de favoriser la longévité. Chōyō a ainsi pris le nom de Kiku no Sekku, la fête des Chrysanthèmes.
Ce n’était pas une célébration marginale. Elle appartenait à la culture de cour avant d’intégrer le calendrier saisonnier formel du Japon prémoderne.
Saké au chrysanthème, coton imprégné de rosée et longue vie
Les rituels de Chōyō sont remarquablement liés aux plantes. À la cour impériale, on contemplait les chrysanthèmes, on composait des poèmes et on buvait du kikuzake, un saké associé aux fleurs de chrysanthème. Une autre coutume, le kisenwata, consistait à déposer du coton sur les fleurs afin qu’il absorbe la rosée et leur parfum. Le coton était ensuite utilisé dans un rite de purification et de souhait de longévité.
Les documents de référence de la Bibliothèque nationale de la Diète expliquent que l’ancien 9 septembre correspondait environ à la mi-octobre dans le calendrier actuel, lorsque les chrysanthèmes sont naturellement de saison. Le ministère japonais de l’Agriculture, des Forêts et de la Pêche cite également le saké au chrysanthème, les plats à base de chrysanthème et le riz aux châtaignes parmi les aliments liés à Chōyō. Chez les gens ordinaires, on parlait parfois de fête des Châtaignes, reflet de son lien avec les récoltes d’automne.
Chōyō avait donc une logique saisonnière immédiate : les chrysanthèmes fleurissaient, les châtaignes étaient disponibles et les récoltes battaient leur plein. Fleurs, nourriture, santé et longévité appartenaient naturellement au même moment de l’année.
Une fête importante à l’époque d’Edo
À l’époque d’Edo, Chōyō n’était pas seulement une coutume privée de la cour. Les cinq Sekku étaient traités comme des observances saisonnières formelles sous le shogunat Tokugawa. Les documents de la Bibliothèque nationale de la Diète indiquent que le shogunat célébrait Chōyō de manière importante, tandis que l’intérêt pour les chrysanthèmes se diffusait dans la population par des concours et des expositions.
Ce point écarte une explication trop simple. Chōyō n’a pas disparu parce qu’il aurait toujours été une petite tradition. Il s’est affaibli malgré un poids culturel et institutionnel autrefois considérable.
La rupture de l’ère Meiji n’explique que la moitié de l’histoire
Le grand tournant survient à l’ère Meiji. Le Japon adopte le calendrier grégorien au début de 1873. Dans la réorganisation du calendrier officiel, les cinq Sekku perdent leur statut de jours de fête formels de l’État. Les Archives nationales du Japon conservent le document gouvernemental de l’époque Meiji relatif à l’abolition des cinq Sekku et à l’établissement d’un nouveau système de jours fériés.
Il serait tentant de conclure que Chōyō a disparu simplement parce que le gouvernement a supprimé les anciennes fêtes officielles. Mais cela ne suffit pas.
Le 3 mars a survécu. Le 5 mai a survécu avec une telle force qu’il correspond aujourd’hui à la fête nationale des Enfants. Le 7 juillet reste l’une des coutumes saisonnières les plus reconnaissables du Japon.
La même rupture institutionnelle les a toutes touchées. Chōyō présentait une vulnérabilité supplémentaire.
Le nouveau calendrier a séparé le 9 septembre de la saison des chrysanthèmes
C’est probablement la pièce la plus importante du puzzle. L’ancien 9 septembre ne correspondait pas au même moment de l’année que le 9 septembre actuel.
Le site touristique officiel de la ville de Kyoto explique clairement ce décalage : la date traditionnelle tombait approximativement en octobre dans le calendrier moderne, au moment des récoltes. En revanche, le 9 septembre actuel reste souvent chaud au Japon et la meilleure période pour admirer les chrysanthèmes arrive plus tard, surtout de la fin octobre au mois de novembre.
Sur le papier, le changement paraît limité. Pour une fête centrée sur une plante, il est considérable. Un festival du chrysanthème n’a pas le même sens lorsque les fleurs sont réellement en pleine saison. Les châtaignes, les produits de la récolte, la rosée du matin et l’automne qui s’approfondit renforçaient ensemble la signification de la journée. Conserver la date numérique 9/9 tout en avançant le moment saisonnier de plus d’un mois laisse les symboles en place, mais affaiblit leur environnement.
La date a survécu. La saison s’en est éloignée.
Voilà pourquoi Chōyō peut sembler abstrait aujourd’hui : le calendrier annonce une fête des Chrysanthèmes alors que le climat peut encore ressembler à la fin de l’été.
Pourquoi Hinamatsuri, la fête des Enfants et Tanabata ont-elles mieux survécu ?
La réforme du calendrier n’explique pas à elle seule la survie des autres Sekku. Leurs formes modernes ont développé des rituels forts et facilement répétables dans les foyers, les écoles et la vie commerciale.
Le 3 mars possède les poupées hina et un récit familial clair. Le 5 mai réunit les carpes koinobori, les poupées de guerriers, des aliments traditionnels et le soutien considérable d’un jour férié national. Le 7 juillet propose un geste participatif extrêmement simple : écrire un vœu et le suspendre à une branche de bambou. Même le 7 janvier conserve une action domestique facile à reproduire : manger une bouillie de riz aux sept herbes.
Les coutumes les plus connues de Chōyō sont différentes. Le saké au chrysanthème, la contemplation des fleurs et le kisenwata sont élégants, mais ils dépendent davantage d’une fleur précise, d’une saison précise et d’anciennes formes de cérémonial adulte. Ils se transforment moins facilement en activité familiale ou enfantine répétée automatiquement chaque année.
Il s’agit ici d’une explication structurelle plutôt que d’une cause unique attestée par un document. Les fêtes modernes survivent non seulement parce que leur nom reste connu, mais parce que les gens savent clairement ce qu’ils sont censés faire. Pour Chōyō, ce scénario quotidien s’est affaibli.
Le Japon n’a pas oublié le chrysanthème
Une contradiction révélatrice apparaît alors : le Japon n’a jamais cessé d’apprécier les chrysanthèmes.
L’une des traditions les plus connues est l’exposition annuelle de chrysanthèmes du jardin national de Shinjuku Gyoen, à Tokyo. Le ministère de l’Environnement en fait remonter l’origine à une contemplation impériale de chrysanthèmes organisée pour la première fois en 1878. L’exposition actuelle se déroule chaque année du 1er au 15 novembre.
Ce calendrier est révélateur. La culture du chrysanthème a continué, les expositions ont continué et la tradition impériale a continué, mais en novembre, lorsque la fleur correspond à la saison.
Le Japon n’a pas oublié le chrysanthème. Il a surtout oublié le 9 septembre comme date qui lui était attachée.
Chōyō n’a pas disparu
Le mot « oublié » doit lui aussi être nuancé. Chōyō subsiste dans des traditions religieuses et locales. La ville de Kyoto recense plusieurs événements liés à Chōyō le 9 septembre 2026, notamment des rites aux sanctuaires Kamigamo, Kifune et Kurumazaki. À Kifune, par exemple, le rite annuel comprend une danse sacrée exécutée avec des chrysanthèmes puis, après la cérémonie, du saké au chrysanthème pour les participants.
Ces événements montrent bien ce qui s’est produit. La tradition n’a pas totalement disparu. Une fête qui occupait autrefois une place large dans le calendrier saisonnier officiel s’est davantage concentrée dans les sanctuaires, les temples, certains foyers traditionnels et les institutions culturelles.
Comment comprendre Chōyō aujourd’hui ?
Chōyō est peut-être plus facile à saisir non comme une fête perdue qu’il faudrait reconstruire parfaitement, mais comme une idée d’automne dont les éléments existent encore. Dans certaines régions du Japon, on mange toujours des pétales de chrysanthème. Le riz aux châtaignes reste un plat familier de l’automne. Les expositions de chrysanthèmes attirent encore des visiteurs et des sanctuaires maintiennent des rites consacrés à la santé et à la longévité.
On peut même trouver logique de reconnaître le 9 septembre comme date historique, puis de profiter des chrysanthèmes et des aliments du plein automne lorsque la saison arrive réellement. Cette tension entre le temps numéroté du calendrier et la saison vécue fait elle-même partie du Japon moderne.
Une fête déplacée hors de sa saison
L’effacement de Chōyō de la vie quotidienne n’est donc pas simplement l’histoire d’une modernisation qui aurait supprimé une tradition. L’État de Meiji a retiré les cinq Sekku du système officiel, mais plusieurs de ces fêtes ont trouvé de nouvelles formes. Chōyō a rencontré un problème supplémentaire : le calendrier moderne a séparé le 9 septembre des chrysanthèmes, des châtaignes et de l’atmosphère automnale qui rendaient la date immédiatement compréhensible. En même temps, il n’a pas développé un rituel domestique moderne aussi puissant que les autres Sekku.
Le Japon possède toujours sa fête des Chrysanthèmes. Des sanctuaires l’observent encore. Les aliments traditionnels existent toujours. La culture du chrysanthème reste forte.
Mais le lien entre tous ces éléments et le 9 septembre est devenu ténu.
Chōyō n’a pas été effacé. Il a été déconnecté de la saison qui lui donnait autrefois tout son sens.
Sources
- Guide touristique officiel de Kyoto — Chōyō no Sekku
- Ministère japonais de l’Agriculture, des Forêts et de la Pêche — fêtes saisonnières et aliments traditionnels
- Bibliothèque nationale de la Diète — Chōyō no Sekku
- Base de données collaborative de référence de la Bibliothèque nationale de la Diète — Chōyō et l’ancien calendrier
- Archives nationales du Japon — document sur l’abolition des cinq Sekku
- Ministère de l’Environnement — exposition de chrysanthèmes de Shinjuku Gyoen
- Guide touristique officiel de Kyoto — rite du chrysanthème de Kifune, 9 septembre 2026