Le Japon est souvent décrit avec des mots comme précision, propreté, politesse et fiabilité. Les trains arrivent généralement à l’heure. Les konbini sont bien organisés. Le service dans les restaurants est régulier. Même un bento bon marché acheté au supermarché peut être soigneusement présenté. Ce sont de vraies forces de la vie quotidienne au Japon, et elles rendent le pays confortable et prévisible.
Mais cette culture possède aussi une autre facette. Le Japon sait également très bien éviter les erreurs. Dans la vie quotidienne, cela peut être une qualité. Une société où chacun essaie de ne pas déranger les autres peut être sûre, ordonnée et agréable. Dans les affaires, la technologie, la recherche et les nouvelles industries, la même tendance peut toutefois devenir une faiblesse. Éviter les erreurs n’est pas toujours synonyme de progrès.
Un article récent sur l’essai et l’erreur
Un article récent de PRESIDENT Online abordait le développement industriel chinois sous l’angle de l’essai et de l’erreur. Il soutenait que le Japon ne devrait pas simplement se moquer des échecs de la Chine, par exemple des problèmes rencontrés par certains projets ferroviaires à grande vitesse menés par la Chine à l’étranger. Le point important n’était pas que chaque projet chinois réussisse. C’était que la Chine continue d’essayer et que les échecs puissent faire partie d’un processus d’apprentissage plus vaste.
Cet argument est inconfortable, mais il mérite d’être pris au sérieux. Au Japon, il est courant d’observer l’échec d’un autre pays et de se sentir rassuré. On peut penser : “C’était imprudent” ou “L’approche japonaise, plus lente et plus sûre, était la bonne”. C’est parfois vrai. Mais si le pays qui a échoué collecte déjà des données, corrige le problème et passe à la tentative suivante, le sens de l’échec change.
Un pays qui n’a pas échoué n’est pas toujours plus avancé. Il a peut-être simplement moins essayé.
Le Japon veut souvent réussir avant même d’essayer
Au Japon, l’échec est souvent traité moins comme une information que comme une responsabilité ou une source d’embarras. Une entreprise peut renoncer à un nouveau projet parce que le résultat est incertain. Une équipe peut passer trop de temps à préparer un plan parfait avant d’agir. Les jeunes employés peuvent hésiter à proposer des idées encore incomplètes. Les organismes publics peuvent éviter les projets expérimentaux parce qu’un échec risquerait d’attirer les critiques.
Une préparation minutieuse n’est pas une mauvaise chose. Dans les domaines où la sécurité, la confiance et la fiabilité comptent, la prudence est nécessaire. Le problème est que toutes les questions ne peuvent pas être résolues avant d’agir. Les nouveaux produits, marchés, conditions de recherche et services ne révèlent souvent leurs vrais problèmes qu’après avoir été testés.
Il existe des limites à ce que l’on peut comprendre sur le papier. On ne peut pas prévoir entièrement la réaction des clients avant de leur montrer quelque chose. On ne peut pas optimiser des conditions de recherche sans essais réels. Un nouveau service ne peut pas être amélioré sans contact avec de vrais utilisateurs. Certaines connaissances n’apparaissent qu’après l’action.
La force et la limite de la qualité japonaise
La qualité japonaise repose sur l’attention aux détails, le respect des procédures et l’amélioration continue. Le Japon reste très fort pour stabiliser les systèmes existants et les améliorer petit à petit. C’est l’une des raisons pour lesquelles de nombreux produits et services japonais paraissent fiables.
Mais améliorer un système existant et explorer un domaine inconnu sont deux tâches différentes. La première exige précision et discipline. La seconde nécessite de savoir tester des idées imparfaites, accepter des résultats incertains et corriger rapidement. Le Japon excelle dans le raffinement. Il n’excelle pas toujours dans l’expérimentation approximative.
Cela explique peut-être pourquoi la société japonaise peut sembler extrêmement soignée tout en restant prudente. Le pays sait maintenir d’excellents systèmes, mais il peut être lent à en créer de nouveaux.
L’échec comme donnée, pas comme défaite
Il ne s’agit pas de dire que le Japon devrait simplement copier la culture d’un autre pays. Les valeurs japonaises de sécurité, de confiance, de politesse et de travail soigneux méritent d’être préservées. Ce ne sont pas de petites qualités.
Ce qui doit peut-être changer, c’est le sens attribué à l’échec. Échouer ne signifie pas toujours être incompétent. Parfois, cela signifie qu’une idée a été testée tôt. Parfois, qu’une équipe a rencontré le monde réel avant que le plan soit parfait. Parfois, qu’une information utile a été produite.
Une expérience ratée peut montrer quelle condition ne fonctionne pas. Un produit raté peut révéler ce que les clients ne veulent pas. Une faible réaction à un message peut montrer que la communication n’était pas adaptée. Si l’échec est correctement enregistré et analysé, il devient une matière première pour la décision suivante.
La meilleure question n’est donc pas seulement : “Est-ce que cela a marché ?” Elle est aussi : “Qu’avons-nous appris et que devons-nous changer ensuite ?”
Le coût social du fait d’avoir tort au Japon
L’une des raisons pour lesquelles l’essai et l’erreur sont difficiles au Japon est que le fait de se tromper peut avoir un coût social élevé. Les gens ne veulent pas déranger les autres. Ils ne veulent pas paraître négligents. Ils ne veulent pas être blâmés. Ils ne veulent pas troubler l’harmonie du groupe. Ces pressions ne sont pas toujours écrites sous forme de règles, mais elles influencent souvent les comportements.
Les visiteurs remarquent parfois les rues propres, les trains silencieux et le service poli. Derrière cet ordre se trouve une société où beaucoup de personnes ajustent constamment leur comportement pour éviter les frictions. Cela crée du confort. Cela peut aussi créer de l’hésitation.
Dans un environnement stable, hésiter n’est peut-être pas un problème grave. Dans un monde qui change rapidement, cela peut coûter cher.
Ordinary Japan n’est pas seulement beau
Ordinary Japan n’a pas pour but d’idéaliser le Japon. Le Japon quotidien comprend les aliments de saison, les konbini, les trains, les rizières, les distributeurs automatiques et de petites habitudes locales. Ces détails ordinaires sont souvent intéressants, surtout vus depuis l’étranger.
Mais le Japon quotidien comprend aussi la bureaucratie, l’excès de prudence, la pression de “lire l’atmosphère” et une culture qui évite souvent les échecs visibles. Si l’on ne montre que les aspects séduisants du Japon, on finit par produire quelque chose qui ressemble à une brochure touristique. Le Japon réel est plus complexe.
Beaucoup de forces et de faiblesses japonaises viennent des mêmes racines. Le soin améliore la qualité, mais peut ralentir les décisions. La politesse rend le service agréable, mais peut rendre le désaccord difficile. Le désir de ne pas déranger les autres contribue à la stabilité de la société, mais peut aussi empêcher certaines expérimentations nécessaires.
Cette contradiction fait elle aussi partie du Japon ordinaire.
Essayer malgré tout
Il est peu probable que la société japonaise change rapidement dans son ensemble. La culture et les organisations ont une forte inertie. C’est pourquoi il est important que des individus, de petites équipes et de petites entreprises choisissent un rythme différent.
Essayez quelque chose de petit. Notez le résultat. Comprenez pourquoi cela n’a pas fonctionné. Changez la condition. Essayez de nouveau.
Cela paraît simple, mais au Japon cela peut être étonnamment difficile. Cela signifie tester avant que tout soit achevé. Cela signifie considérer l’échec non comme quelque chose à cacher, mais comme une information pour l’étape suivante. Cela signifie aussi ne pas se moquer trop vite de l’échec d’un autre pays. Ce qui ressemble à un échec peut aussi faire partie d’un processus d’apprentissage plus rapide.
Le Japon possède de nombreuses forces qui méritent le respect. Mais les respecter ne devrait pas conduire à ignorer ses faiblesses.
Ce dont le Japon a besoin aujourd’hui, ce n’est pas seulement de précision. Il lui faut aussi davantage de tentatives.
Parfois, le changement commence lorsqu’une personne, une équipe ou une petite organisation décide d’essayer encore une fois.
