Du riz sans repiquage ? Un paysage japonais familier commence à changer

Watercolor illustration of a Japanese rural landscape showing dry direct-seeded rice rows beside a flooded transplanted paddy

Pour beaucoup de Japonais, le repiquage du riz est l’un des signes les plus évidents de l’arrivée du printemps.

Les jeunes plants sont transportés jusqu’aux rizières inondées, chargés dans une repiqueuse puis installés en rangées vertes bien régulières dans l’eau. Même sans avoir jamais travaillé dans une exploitation agricole, cette scène est familière grâce aux activités scolaires, à la télévision, aux fêtes locales ou simplement aux trajets à travers la campagne.

L’image est si familière que la riziculture et le repiquage peuvent sembler presque indissociables.

Pourtant, dans certaines régions du Japon, de plus en plus d’agriculteurs cultivent du riz sans repiquer de jeunes plants.

Ils sèment directement les graines de riz dans la parcelle.

Cette méthode est appelée riziculture en semis direct, et une forme en particulier — le semis direct à sec — progresse au Japon.

Elle ne représente encore qu’une petite part de la production rizicole japonaise. Mais cette évolution est intéressante parce qu’elle ne consiste pas seulement à supprimer une étape.

Elle commence à modifier les machines, le travail, les rotations culturales et même les caractéristiques que les agriculteurs recherchent chez les plantes de riz.

Le semis direct reste minoritaire, mais il progresse

Selon le ministère japonais de l’Agriculture, des Forêts et de la Pêche, le riz cultivé en semis direct occupait environ 41 657 hectares en 2024, soit près de 2,8 % de la surface rizicole du Japon.

Le repiquage reste donc très largement dominant.

Mais l’évolution à l’intérieur de cette petite part est remarquable.

En 2020, le semis direct à sec couvrait environ 14 631 hectares. En 2024, cette surface atteignait environ 23 042 hectares, soit une hausse d’environ 58 %.

Dans le même temps, la surface consacrée à une autre forme, le semis direct en conditions inondées, n’a pas progressé de la même manière.

Autrement dit, le changement récent ne signifie pas simplement que « le Japon passe au semis direct ».

Plus précisément, le semis direct à sec devient plus courant dans certaines régions et certains systèmes agricoles.

Une précision importante s’impose : le ministère indique lui-même que ces chiffres proviennent d’enquêtes volontaires menées auprès des préfectures et qu’ils ne doivent pas être considérés comme un recensement national parfaitement exhaustif.

Ils montrent néanmoins clairement la direction prise.

« À sec » ne signifie pas cultiver le riz comme du blé

Le nom peut prêter à confusion.

Le semis direct à sec ne signifie généralement pas que le riz reste dans une parcelle sèche jusqu’à la récolte.

C’est le champ qui est sec au moment du semis.

Les agriculteurs préparent et nivellent le sol, sèment directement les graines de riz et laissent les jeunes plants émerger. L’eau est introduite ensuite et la parcelle est généralement gérée comme une rizière inondée.

La différence se situe donc surtout au début de la saison culturale.

Dans le système traditionnel de repiquage :

Les graines sont mises à germer et les jeunes plants sont élevés séparément. Ils sont ensuite transportés jusqu’au champ et repiqués dans la rizière.

Le semis direct à sec supprime toute cette phase de pépinière et de repiquage.

Cela peut sembler être une petite modification technique, mais ses conséquences sont étonnamment importantes.

La plus grande différence se trouve peut-être dans tout le travail effectué avant l’arrivée de la repiqueuse

Les repiqueuses modernes sont des machines très performantes.

Mais repiquer du riz ne consiste pas simplement à conduire une machine dans une parcelle.

Avant le jour du repiquage, les agriculteurs doivent préparer les plateaux de semis, y semer les graines, s’occuper de milliers de jeunes plants, transporter les plateaux jusqu’aux champs puis alimenter continuellement la repiqueuse.

Pour une petite exploitation, cela fait simplement partie du rythme annuel.

Pour une exploitation qui gère des dizaines d’hectares, cela devient une véritable opération logistique.

La population agricole japonaise diminue et vieillit, tandis que de nombreuses exploitations et entreprises agricoles restantes gèrent des surfaces de plus en plus grandes.

La question change donc.

L’objectif n’est plus seulement :

« Quelle quantité de riz pouvons-nous produire sur un hectare ? »

Il devient aussi de plus en plus important de demander :

« Quelle surface une seule personne peut-elle réellement gérer pendant la courte période des travaux de printemps ? »

Le semis direct s’attaque à ce goulot d’étranglement de la manière la plus simple qui soit.

Ne pas produire de jeunes plants destinés au repiquage.

La riziculture commence à ressembler étonnamment aux grandes cultures

C’est ici que le semis direct à sec devient particulièrement intéressant.

Certains systèmes modernes utilisent des machines qui servent également pour le blé, le soja et d’autres grandes cultures.

Un gros tracteur prépare la parcelle.

Une niveleuse rend la surface extrêmement plane.

Un semoir à céréales dépose les graines de riz en rangées.

D’autres machines assurent les traitements et la gestion de la parcelle.

Au moment de la récolte, les agriculteurs peuvent utiliser des moissonneuses-batteuses existantes.

Il n’est pas nécessaire de disposer d’une « machine spéciale pour récolter le riz semé directement » simplement parce que le riz n’a pas été repiqué.

À Hokkaido, l’Organisation nationale de recherche sur l’agriculture et l’alimentation (NARO) a documenté des exploitations associant le riz en semis direct à sec au blé, au soja, au maïs, au colza et à la betterave sucrière. Une partie des machines peut être partagée entre plusieurs cultures, tandis que de grandes moissonneuses-batteuses assurent les récoltes.

Cela diffère nettement de l’image classique de la riziculture japonaise reposant sur des machines spécialisées pour le riz.

Le semis direct à sec peut intégrer la production rizicole dans un système de matériel plus large et plus flexible.

C’est important, car les machines agricoles coûtent cher.

Si le même tracteur, semoir ou moissonneuse-batteuse peut servir à plusieurs cultures au lieu de n’être utilisé que pendant une courte opération rizicole chaque année, l’économie de l’exploitation entière peut changer.

Supprimer du travail humain redonne aussi davantage de travail à la plante

Il existe un autre aspect de cette évolution.

Le repiquage ne consiste pas seulement à déplacer des plants de riz d’un endroit à un autre.

Il leur offre aussi une enfance protégée.

Les jeunes plants passent leur phase la plus fragile dans une pépinière. Lorsqu’ils arrivent dans la rizière, ils ont déjà des feuilles et des racines et sont beaucoup plus grands que de nombreuses mauvaises herbes concurrentes.

Le riz semé directement ne bénéficie pas de cet avantage.

La graine doit germer dans le champ.

La jeune pousse doit traverser le sol.

Les racines doivent s’établir rapidement.

La plante doit concurrencer les mauvaises herbes dès les premiers stades.

Et elle doit rester suffisamment droite pour être récoltée efficacement par les machines.

Une variété qui fonctionne bien en repiquage n’est donc pas automatiquement la variété idéale pour le semis direct.

Des caractéristiques telles qu’une croissance initiale vigoureuse, une bonne levée par temps frais, le développement racinaire, la capacité à concurrencer les mauvaises herbes et la résistance à la verse deviennent plus importantes.

Hokkaido en offre un bon exemple.

La variété de riz Emimaru a été développée pour bien s’établir dans des conditions fraîches, une qualité utile pour le semis direct dans le nord du Japon. NARO indique que cette variété a été largement utilisée en semis direct à mesure que sa surface de culture augmentait.

Modifier le système de culture peut donc aussi modifier ce que les agriculteurs attendent de la plante elle-même.

Le Japon cessera-t-il de repiquer le riz ?

Non.

Du moins, pas dans un avenir proche.

Le semis direct ne représentait que 2,8 % de la surface rizicole japonaise en 2024.

Le Japon présente également une énorme diversité de tailles de parcelles, de sols, d’infrastructures d’irrigation, de climats et de pratiques agricoles locales. Le repiquage reste fiable et bien adapté à de nombreuses régions.

Le semis direct apporte aussi ses propres difficultés.

Le contrôle des mauvaises herbes peut devenir plus complexe.

La levée des jeunes plants peut être irrégulière.

Le nivellement de la parcelle devient extrêmement important.

Les rendements peuvent être moins stables dans certaines conditions.

Pour de nombreux agriculteurs, le repiquage reste le meilleur système.

Il est plus probable que la riziculture japonaise devienne plus diversifiée.

Une grande exploitation peut repiquer le riz dans certaines parcelles, utiliser le semis direct en eau dans d’autres et recourir au semis direct à sec lorsque la parcelle et le système de machines s’y prêtent.

Cette combinaison permet d’étaler les travaux de printemps sur une période plus longue.

Un petit changement qui transforme un paysage japonais familier

Au Japon, le repiquage du riz est plus qu’une opération agricole.

Il fait partie du paysage saisonnier.

Les rangées de jeunes plants fraîchement repiqués dans une eau peu profonde font partie de ces scènes ordinaires qui marquent discrètement le passage du printemps vers l’été.

Cette scène ne disparaît pas.

Mais elle ne représentera peut-être plus toutes les exploitations rizicoles modernes.

Dans certaines parcelles, la première étape de la production de riz peut de plus en plus ressembler à celle du blé ou du soja : un tracteur traversant un sol sec, un semoir déposant les graines en rangées, puis l’eau n’arrivant que plus tard.

Pour une personne de passage, la parcelle peut même ne pas ressembler encore à une rizière.

C’est précisément ce qui rend cette évolution intéressante.

La riziculture japonaise n’abandonne pas la tradition du jour au lendemain. La pénurie de main-d’œuvre, l’agrandissement des exploitations, de nouvelles machines et de nouvelles variétés modifient progressivement le sens pratique de l’expression « cultiver du riz ».

Pendant des décennies, la question centrale de la mécanisation de la riziculture était :

Comment repiquer le riz plus efficacement ?

Aujourd’hui, certains agriculteurs posent une question plus fondamentale :

Faut-il vraiment le repiquer ?

La réponse varie d’une parcelle à l’autre.

Mais même l’un des paysages saisonniers les plus familiers du Japon est moins immuable qu’il n’y paraît.

Sources

Ministère japonais de l’Agriculture, des Forêts et de la Pêche, « culture du riz en semis direct » et données préfectorales sur le semis direct pour les campagnes 2020 et 2024. Le MAFF précise que ces chiffres reposent sur des enquêtes volontaires auprès des préfectures et ne constituent pas un recensement statistique exhaustif.

水稲直播栽培:農林水産省

https://www.maff.go.jp/j/syouan/keikaku/soukatu/attach/pdf/chokuha-37.pdf

https://www.maff.go.jp/j/syouan/keikaku/soukatu/attach/pdf/chokuha-40.pdf

Organisation nationale de recherche sur l’agriculture et l’alimentation (NARO), riziculture en semis direct à sec à Hokkaido et informations sur la variété Emimaru.

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