J’ai acheté un nouveau parapluie.
Cela peut sembler insignifiant, mais pendant la saison des pluies au Japon, un parapluie ressemble moins à un accessoire qu’à un équipement du quotidien.
La saison des pluies japonaise s’appelle tsuyu. Elle arrive généralement avant les grandes chaleurs de l’été. Le ciel devient gris, l’air lourd, le linge refuse de sécher et tout semble légèrement humide. Les chaussures, les murs, le papier, les placards et même l’air paraissent absorber l’humidité.
La pluie n’est pas toujours spectaculaire.
Quand on imagine une saison des pluies, on pense parfois aux pluies tropicales : averses soudaines, orages puissants et précipitations intenses sur une courte durée. Le tsuyu japonais peut lui aussi apporter de fortes pluies et, certaines années, devenir dangereux. Mais son atmosphère quotidienne est souvent différente.
Elle est plus lente.
Pluie légère. Ciel couvert. Rues mouillées. Pièces humides. L’impression tranquille que tout le pays a été enveloppé d’humidité.
La raison est en partie géographique. Le Japon se trouve entre différentes masses d’air et, au début de l’été, un front pluvieux saisonnier reste souvent près de l’archipel. L’air chaud et humide venant du sud rencontre l’air plus frais du nord, ce qui produit une longue période nuageuse et pluvieuse.
Le tsuyu n’est donc pas simplement de la “pluie”. C’est une saison de l’humidité.
Cette humidité est gênante. Elle favorise les moisissures. Elle rend les maisons humides. Elle ralentit le séchage du linge. Elle transforme même une courte sortie en question : faut-il prendre un parapluie alors qu’il ne pleut pas encore ?
Au Japon, la réponse est souvent oui.
Les parapluies sont très visibles pendant la saison des pluies. Les gens transportent des parapluies pliants dans leur sac. Les konbini vendent des parapluies transparents en plastique près de l’entrée. Employés de bureau, étudiants, parents et personnes âgées avancent dans les rues sous de petits toits individuels.
Dans certains pays, on n’utilise pas toujours le parapluie de la même façon. On préfère parfois un imperméable, une capuche, la voiture ou simplement marcher sous la pluie. Au Japon, notamment dans les villes et les quartiers résidentiels, le parapluie est profondément ordinaire.
Il change aussi l’apparence des rues.
Une route étroite se remplit de cercles en mouvement. L’entrée d’une gare devient une forêt de parapluies mouillés. Le porte-parapluies d’un konbini devient une partie de la météo. Un trottoir sous la pluie devient un espace où chacun ajuste silencieusement sa distance avec les autres.
Pourtant, je ne pense pas que le tsuyu soit uniquement désagréable.
La pluie adoucit aussi le Japon.
Les plantes deviennent plus vertes. La poussière disparaît de l’air. Le bruit des pneus sur la chaussée mouillée se fond dans le décor sonore. Les odeurs de terre, de feuilles, de béton et de pluie remontent de la rue. Un jour calme, si la pluie n’est pas trop forte, ouvrir une fenêtre et sentir une légère brise sous l’avant-toit peut être étonnamment agréable.
Il y a quelque chose de plaisant dans une pluie douce qui continue sans se presser.
Le tsuyu joue aussi un autre rôle. Avant la période la plus chaude de l’été, le Japon a besoin d’eau. Les rizières se remplissent. Les réservoirs et les rivières reçoivent la pluie. Le paysage se prépare pour l’été. Dans un pays où le riz occupe depuis si longtemps une place centrale, les pluies du début de l’été ne sont pas seulement une question de météo. Elles font partie du rythme de la nourriture, des champs et de la vie quotidienne.
Bien sûr, trop de pluie peut être dangereux. Les fortes précipitations, les inondations et les glissements de terrain sont de vrais risques au Japon. Il ne faut pas romantiser la saison des pluies sans prudence.
Mais la pluie ordinaire est différente.
La pluie qui tapote doucement sur un parapluie. La pluie qui rend un quartier silencieux. La pluie qui donne aux plantes un vert plus sombre. La pluie qui donne envie de rester près d’une fenêtre et d’écouter un moment.
Ce genre de saison des pluies n’est pas si mauvais.
C’est humide. C’est contraignant. Cela peut être fatigant.
Mais cela donne aussi au Japon une certaine douceur avant l’arrivée de l’été.
Alors j’ai acheté un nouveau parapluie.
Pas parce que j’aime être mouillé. Pas parce que le tsuyu est facile à vivre.
Mais parce que traverser la saison des pluies au Japon devient un peu plus agréable quand on possède un parapluie que l’on aime vraiment.

